Motion lue à Arnaud Lagardère en réunion plénière du Comité de Groupe
du 15 octobre 2009
Monsieur Lagardère,
Nous sommes réunis aujourd’hui en Comité de Groupe, réunion au cours de laquelle entre gens de bonne compagnie nous allons aborder bien sagement les sujets prévus à l’ordre du jour. Certes, nous sommes ici pour cela aussi. Mais pas seulement, car ne l’oublions pas, nous siégeons dans une instance de dialogue social.
Nous pouvons, vous pouvez, en avoir seulement une vision minimaliste, légaliste qui aboutit à la présentation de l’activité, un rapide tour d’horizon et puis chacun retourne dans son entreprise.
Mais nous pouvons, vous pouvez aussi, avoir une vision de ce dialogue social plus large, plus ambitieuse et au bout du compte plus efficace pour l’entreprise.
Or, nous constatons malheureusement aujourd’hui que les différentes branches de Lagardère se crispent et se cramponnent sur la première option, la plus réductrice du dialogue social.
Qu’ont-ils donc à craindre ces patrons de branche à refuser de donner une information, alors qu’elle circule déjà dans le groupe ? Quels buts poursuivent-ils quand ils refusent de rencontrer les organisations syndicales ?
La fermeture programmée de Chambers en Grande-Bretagne est la dernière illustration en date de cette attitude rétrograde.
Il a fallu que l’information sorte dans la presse pour que l’on daigne en informer les élus concernés ! Voilà un bel exemple de dialogue ! Ni le comité d’entreprise européen, ni les élus locaux n’en ont été avertis, alors que le sort de 27 salariés est en jeu !
Nous ne pouvons que condamner fermement une telle attitude et par là même poser la question : Pense-t-on que les élus du personnel et les délégués syndicaux vont rester les bras croisés sans rien faire ? Les méprise-t-on à ce point qu’on les ignore et bafoue jusqu’aux règles de la législation ? Que croyez-vous qu’il va se passer ? Ceux qui ont agi de la sorte porteront la responsabilité du blocage du dialogue social et devront assumer les batailles juridiques qui ne manqueront pas de venir, seul moyen désormais pour les élus de se faire entendre et respecter…
Et qu’en est-il du dialogue social aussi bien, notamment, dans les entreprises de Lagardère Publishing, Lagardère Active et Lagardère Ressources ?
Chez HFA, le dialogue social est intense et encore de bonne qualité. Même si les positions respectives divergent, il est possible d’échanger des idées et parfois d’infléchir les décisions proposées par la direction.
Il faut quand même dire que depuis l’arrivée de Monsieur Quillot, le dialogue s’est crispé. Malgré une DRH toujours soucieuse de préserver ce dialogue, la direction a souvent cherché « le passage en force » et fait des déclarations publiques provocantes pour les salariés, comme sa volonté affichée de remettre en cause les accords d’entreprise. C’est ce qui a conduit à la grève du 8 juin dernier. Didier Quillot a reconnu son erreur et le dialogue social a pu reprendre.
Cependant, un certain nombre de décisions sont trop souvent prises sans en informer le CE ou le CHSCT (ni même la DRH) constituant ainsi une série de délits d’entrave au bon fonctionnement du CE.
La forte pression exercée sur l’encadrement et les salariés est source d’une augmentation du stress et de souffrance au travail.
Les salariés et les organisations syndicales sont très attachés à un dialogue social de qualité, respectueux des « instances représentatives du personnel ».
Espérons que la situation n’empire pas avec l’arrivée du nouveau Directeur des Ressources Humaines.
Quant à Lagardère Publishing, notamment dans le groupe Hachette, réputé pour son management bien compartimenté aux méthodes brutales, ou tortueuses selon le contexte, les pressions de tous ordres se multiplient aussi bien sur les salariés (ruptures conventionnelles aimablement conseillées) que sur leurs représentants.
Les cas de discrimination syndicale et de harcèlement deviennent de plus en plus fréquents. On assiste à des conduites véritablement lamentables de la part des directions.
Nous nous tenons à votre disposition pour évoquer les cas concernés.
La crise a bon dos. Elle ne justifie pas tout. Et surtout pas de tenir les organisations syndicales pour quantité négligeable et se refuser à tout dialogue. Nous sommes des élus et des représentants responsables, prêts à discuter et argumenter, sans langue de bois. Nous attendons la même chose de la part de nos directions qui continuent à penser qu’elles peuvent tout décider sans négocier ni informer et voient dans les organisations syndicales un danger pour leur pouvoir.
Comme dit le proverbe il faut être deux pour jouer au tennis…
Chez Lagardère Ressources, on retrouve les mêmes problèmes avec les mêmes effets : pressions multiples, conflits, discriminations, autant de pratiques habituelles qui entraînent stress et souffrance des salariés et également des élus. Il semble que le cas de Lagardère Ressources soit emblématique des travers du Groupe. Le non-respect du droit syndical et de l’action des élus ou bien encore les entraves au fonctionnement des instances représentatives paraissent ici plus qu’ailleurs monnaie courante.